Triselec Lille est une Société d’Economie Mixte Locale créée en 1992 autour d’une vision : celle de développer le potentiel de la valorisation matière. Son action, exemplaire en termes de responsabilité sociale et sociétale, a été un temps décriée par sa concurrence qui l’ aaccusée l’entreprise d’user de mécanismes de concurrence déloyale, comme les contrats aidés. Une autre lecture en est que l’entreprise a du faire face aux lobbys qui s’opposaient à la dynamique des matières premières secondaires relancée par un process industriel novateur qui est proposé « à l’exportation » par l’intermédiaire d’une association, Tri Développement.
L’un des hauts faits de Triselec est l’atteinte d’un taux de valorisation de 92%, alors que la moyenne nationale est de 76% d’après l’ADEME. Quelle est la clé de ce succès ?
L’auteur de cette innovation technique est André Gabet, ingénieur, motivé par ses observations du comportements des ménages vis-à-vis de l’alternative conteneurs / porte à porte. Effectivement, les études démontrent que l’apport volontaire en conteneur se traduit par une récupération des verrres en moyenne de 18 kg par habitant et par an, pour 38 kg pour une collecte en porte à porte, pour une production annuelle de 50 kg environ. Le process industriel repose sur un investissement conséquent en termes de Recherche et Développement, ainsi que sur la modélisation Modecom (un système de caractérisation en 57 catégories des ordures ménagères selon le territoire) pour décider des combinaisons multifilières. C’est cette combinaison, basée sur une stratégie de substitution privilégiant la récupération aux déchets valorisables, ce qui nous a permis d’atteindre un taux de valorisation de 92%.
L’aventure a débuté en 1992 avec les premiers crayonnés du projet. Les solutions existantes, « sur catalogue », ne satisfaisaient pas les objectifs que nous nous étions définis, il nous a donc fallu rechercher et mûrir un process industriel novateur nous garantissant une qualité constante.
La configuration du centre de tri est l’une des clés de la performance économique de Triselec. Nous n’avons pas hésité à la création à investir pour concevoir des machines s’inscrivant dans le process imaginé par André Gabet. La presse à balles de 950 kg, alors que la concurrence ne dispose aujourd’hui encore que de presses à 450 kg, est une création qui s’insère dans une approche intégrée du process. Les balles sont ainsi « formatées » pour entrer dans les conteneurs maritimes mais aussi pour optimiser la charge des camions de 44 tonnes, remplis à hauteur de 43,7 tonnes, au lieu des 23 tonnes courantes...
Ces recherches autour du process dépassent donc le seul enjeu de rationalisation de la production ?
Notez, sur ce point, que l’entreprise répond ainsi à l’un de ses deux principaux enjeux environnementaux liés à son activité : la minimisation de sa contribution à l’effet de serre (le second étant sa participation à l’optimisation de la gestion des déchets de la CUDL, NDLR). La bonne commercialisation des matériaux nous permet d’être le premier – et seul – centre de tri en France à ne plus être rémunéré pour le service rendu à la collectivité. Nous sommes parvenus depuis 2003 à une « redevance négative », dans la mesure où l’entreprise restitue de la redevance à Lille Métropole Communauté Urbaine (LMCU). 522 000 euros ont ainsi été restitués à la collectivité en 2003. Le contribuable / citoyen bénéficie ainsi d’une retour sur investissement : l’augmentation de la taxe d’ordures ménagères sur la période 2004-2005 s’est limitée, pour les habitants de la métropole lilloise à 1,8%.
Triselec est aussi à l’origine d’une dynamique de partage d’expériences à l’échelle nationale et internationale, dont profitent doublement les pays les moins bien lotis. En mars 2005, Triselec crée l’association Tri Développement et propose un programme d’échanges de compétences pour les Pays en Voie de Développement, notamment en Argentine, au Bénin et en Algérie. Le Brésil, par exemple, bénéficie d’une gratuité totale sur les frais d’ingénierie et la démarche de transfert de technologie. Les grands groupes nationaux peuvent également solliciter cette ingénierie pour la reconfiguration de leurs centres de tri.
315 coopérateurs travaillent au centre de tri d’Halluin, le plus grand de France, qui a commercialisé plus de 312 000 tonnes de matériaux triés depuis sa création.
Triselec semble cumuler les signes distinctifs de reconnaissance de ces avancées technologiques et environnementales...
En quelques sortes... mais pas seulement ! La prise en compte de la qualité des produits, ainsi que de la place des hommes dans l’entreprise, est assurée par la mise en place d’un système de management intégré doublement certifié ISO 14001 et ISO 9002 version 2000. Enfin, l’entreprise suit également une démarche de certification OHSAS 18001 portant sur la mise en place d’un système de management qualité sécurité.
L’organisation et les process de la PME ont été les premiers à bénéficier du système de notation sociétale établi par Vigéo à destination des entreprises soumises à la loi NRE, qui a été modélisé à destination des PME-PMI à partir de l’expérience de Triselec. Nous pouvons nous enorgueillir d’être la seule entreprise française à bénéficier, sur trois des six champs de notation, d’une note de 4, dont un 4+ ( soit la note maximale, NDLR). Cette notation est – notamment - la résultante d’une opération d’insertion de grande ampleur pensée et conçue pour ne pas fausser le jeu économique. Cette ambition s’appuie :
d’une part, sur le financement du surcoût (et spécifiquement le surcoût, pour ne pas engager de concurrence déloyale) généré au sein du dispositif de ressources humaines par des aides publiques, par le biais de contrats aidés (CES, CEC, CIE) et de subsides permettant de couvrir les surcoûts d’encadrement ;
d’autre part, sur la mise en place d’un dispositif de formation très ォ musclé サ pour palier le turn over important généré par le dispositif d’out placement.
Découvrez également la seconde fiche Triselec : dépasser les mécanismes d’insertion professionnelle
Cette initiative a également été nominée en 2000 par Alliances.