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Rencontre avec Lucy Comté, Responsable communication Le Relais (mai 2007)

Le Relais : la seconde vie du textile
Le Relais Nord Pas-de-Calais
Effectif : 390 salariés
Activité : recyclage textiles
Thématique : Process innovants
Adresse : Bruay la Bussière
Tèl. : 03 21 01 77 77
Site web : www.lerelais.fr

Par Sophie Caillierez, chargée de mission Entreprises, Cerdd avec l’appui du CD2E

 
 
L’entreprise Le Relais, à Bruay la Buissière, est confrontée depuis plusieurs années à une conséquence méconnue de la crise du textile : la faible qualité des textiles récupérés. Il lui faut donc imaginer une nouvelle seconde vie en dehors du champs traditionnel. C’est la filière des éco-matériaux qui lui inspire l’idée de réemployer les textiles dans un matériau isolant.


- Pouvez-vous nous raconter la genèse de votre initiative ?

La filière de récupération de vêtements textiles connaît une crise depuis plusieurs années du fait de l’évolution de la qualité des textiles. De ce fait la part du textile réemployable diminue, hors c’est sur cette part de rentabilité que vit l’entreprise Le Relais. Les deux autres tâches de transformation et de recyclage nécessitent de l’investissement. Ceci entraîne un déséquilibre économique. L’idée de l’entreprise est donc d’utiliser cette matière de revalorisation pour créer un isolant complémentaire des feutres existants.

- Pourquoi prendre en compte le développement durable dans cette démarche ?

Les aspects sociaux et économiques ont toujours fait parti de notre activité. Le social par la création d’activité au travers de la filière de récupération et de réemploi et améliorer ainsi l’employablité de personnes en difficulté sociale et servir les personnes les plus démunies. L’économique parce que nous sommes une entreprise et que nous devons vivre ! Aujourd’hui l’entreprise souhaite investir de nouveaux domaines et plus particulièrement celui du bâtiment pour proposer une logique environnementale par la création d’éco-matériaux. Cette création a demandé trois ans de recherche sur le process, la composition, le traitement afin d’aboutir au développement de ce nouveau produit.

- Ce nouvel isolant, est-il disponible sur le marché ?

Cet isolant est commercialisé depuis décembre 2006, il reçoit un bon accueil du public mais le coût plus important proposé décourage souvent. L’argument social compte beaucoup dans le choix du public pour cet isolant.

- Quels objectifs vous êtes-vous fixés ?

Dans un premier temps c’est de faire connaître le produit et développer la sensibilisation et les compétences à la pose de cet isolant parmi les entreprises du bâtiment. Dans ce même temps nous souhaitons faire certifier notre produit par le CSTB, puis en Angleterre et en Allemagne. A moyen terme, notre objectif porte sur l’amélioration des caractéristiques environnementales du produit d’une part et d’autre part sur un investissement dans une unité de production industrielle en région Nord Pas-de-Calais. A plus long terme, l’objectif est de rentabiliser la filière textile qui s’amenuise dans ses débouchés classiques et assurer la pérennité des emplois.

- Quels bénéfices attendez-vous de cette innovation ?

Aujourd’hui la tonne de vêtement se vend à 10 euros. L’isolant se vent à 500 euros la tonne bien que cette activité ne représente qu’un à deux pourcent de notre activité, la rentabilité doit permettre de viabiliser la filière et par conséquent de pérénniser les 1200 emplois. Notre objectif est de produire 1 millions de m2 ce qui équivaut à une prévision de 10 millions d’euros de chiffre d’affaire mais cet objectif est une vision à très long terme.

- Quelles sont les actions que vous avez menées en ce sens ?

Le développement de ce nouvel isolant vise à la fois à pérenniser des emplois d’une filière et offrir un isolant de meilleure qualité écologique et sans produits allergènes pour la santé. L’entreprise a investi dans la recherche et développement. Cela a demandé un travail de trois ans avec la mobilisation de deux personnes à temps pleins. L’entreprise a également investi dans l’achat de matériel afin de développer une nouvelle ligne d’effilochage des tissus.

- Avez-vous rencontré des freins au développement de ce nouveau produit ?

L’entreprise investissait un nouveau champ d’activité. Elle partait avec un handicap car elle n’avait aucune connaissance du secteur de l’éco-construction et des isolants. Le soutien des acteurs régionaux a contribuer à l’aboutissement de ce projet. Ce projet est de grande envergure, il nécessite du temps que nous n’avons pas toujours. C’est pourquoi, aujourd’hui une personne qualifiée a en charge ce projet. Le développement de ce nouveau produit s’est fait avec l’appui du CD2E, de la région Nord Pas-de-Calais et de l’ANVAR.

- Même si le recul est faible (6 mois) pouvez-vous nous faire part de vos premiers résultats ?

Le produit répond à l’attente d’un nouveau marché même si le positionnement reste encore à définir. Toutefois il présente un excellent produit fini. L’entreprise espère que 15 à 20% des textiles collectés soient utilisables pour l’isolant, cette perspective permettrait de ramener le secteur à l’équilibre économique.
- Quelles sont les perspectives de votre entreprise en matière de développement durable ?

Il s’agit pour l’entreprise d’investir de nouveaux champs consiliant l’aspect social et environnemental. Nous pensons créer du logement social en « éco-habitat » avec des partenaires déjà engagés dans ce type de démarches et développer une gamme de peintures écologiques.

Cette initiative a été nominée en 2006 par Alliances.