IMS Groupe organise la production de matériel publicitaire, pour des marques alimentaires et des enseignes de distribution. Elle a réussi à y introduire des critères environnementaux, et même des matériaux recyclés.
Voilà une entreprise qui, en matière de développement durable, ne fait pas exactement ce qu’elle veut. Elle travaille pour le secteur de la grande distribution, qui est… perfectible en ce domaine. Son activité est axée sur la réalisation de supports publicitaires imprimés, très consommatrice de plastique, de papier, d’encre. Et pour ne rien arranger, la profession est encore peu perméable à la révolution environnementale.
Pourtant, la SAS "IMS Groupe" fait ce qu’elle peut. Ses efforts reposent d’abord sur son fondateur et président, Ludovic Hertault. Originaire de Beaurainville, au pays des Sept Vallées, il est fils d’agriculteurs. "De là, me vient sans doute ma ferveur pour la nature et pour l’environnement". Et sûrement sa bonne mine : il a le teint hâlé des amateurs de grand air. L’homme a 40 ans et en fait facilement cinq de moins. Il a commencé sa vie professionnelle dès 18 ans, juste après le bac. Chargé de clientèle pour une imprimerie, il découvre l’univers de la "comm" et de la "pub", où l’argent valse et où les marges se fixent en dehors de toute rationalité. Lui vient alors l’idée de proposer ses services à quelques annonceurs et distributeurs, pour composer des offres à prix plus raisonnables. Ses interlocuteurs sont séduits par la perspective de substantielles économies et l’encouragent à créer une structure qui puisse organiser la production des objets et documents visés. Progressivement, le jeune patron a donc construit une "plate-forme d’édition", qui emploie aujourd’hui 40 salariés (y compris un département d’impression numérique) venant des arts graphiques et de l’informatique.

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La PLV comme s’il en pleuvait…
Les clients d’IMS (Investissement Marketing Services) lui commandent du matériel de PLV (publicité sur le lieu de vente) : affiches, panneaux et autres oriflammes, présentoirs et plateaux, autocollants et séparateurs de linéaires... Bref, tout ce qu’il faut pour organiser ces opérations promotionnelles dont nos supérettes et nos hypermarchés ont le secret. A charge pour l’entreprise de Pérenchies de traduire et concrétiser les idées des agences de publicité, de trouver les fournisseurs et de superviser la diffusion des objets (le "kitage") auprès de tous les magasins concernés.
Les donneurs d’ordre s’appellent Carrefour, Séphora, Coca-Cola, Bridgestone ou encore Lactalis. Des gens exigeants et pressés, dont l’horizon dépasse rarement le mois en cours. La première chose que Ludovic et son équipe essaient de faire, c’est d’introduire du temps dans une mécanique au rythme infernal. "Anticiper les besoins permet de recruter de meilleurs prestataires et de sécuriser l’opération, qu’il s’agisse des délais, de la qualité des réalisations ou du bon ajustement des quantités. En outre, cela contribue au bien-être au travail". Le président d’IMS sait de quoi il parle : une des collaboratrices de la société, particulièrement chargée du marché d’un gros distributeur, est en arrêt-maladie pour stress et surmenage.
Bien qu’elle soit en concurrence farouche, sur les prix, avec d’énormes structures nationales, la plate-forme d’édition nordiste, modeste et têtue, émet aussi des recommandations "environnementales" sur les processus de fabrication. Elle a classé ses fournisseurs en fonction de différents critères (utilisation de bois et pâte à papier certifiés, labellisation Imprim’Vert, norme ISO 14001). Elle a aussi mis au point un logiciel qui permet de calculer le coût carbone de tous les produits. Ces indications figurent sur ses devis. "Si un client choisit un fournisseur hors de la région, il ne peut ignorer l’impact environnemental qu’il produira", indique Ludovic Hertault. Suivez son regard, vers l’Asie, et vers la Chine en particulier… "Certains clients nous laissent décider pour eux. Nous retenons systématiquement les offres les moins polluantes, à tarif égal, bien sûr". Et la préoccupation peut porter loin, jusqu’au grammage des papiers, à la technique de gravure et aux vernis de surfaçage.
Bouteilles sur bouteilles…
Le vent est favorable à ces idées. En 2012, assure Ludovic Hertault, les propositions d’IMS s’appuieront intégralement sur des fournisseurs limitant leurs émissions de gaz à effet de serre (action soutenue par le fonds Framée). Mais sa foi ne soulève pas encore toutes les montagnes. En témoigne l’échec de "l’écobox". IMS avait monté un circuit de récupération et de recyclage des supports plastiques utilisés dans tous les rayons des grandes surfaces. Encore fallait-il que les objets soient triés à la source, dans les remises des magasins. Mais les boîtes installées à cet effet se sont vite transformées en poubelles tout-venant…

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A contrario, une "belle histoire" entretient les espoirs d’évolution. L’équipe de Pérenchies a un jour suggéré à Danone de présenter ses bouteilles d’eau sur des étagères en plastique recyclé. Elle a trouvé une usine en Turquie, disposée à fabriquer les petits meubles à partir de déchets de PET (polyéthylène téréphtalate). Entre temps, quelques plasturgistes ont manifesté de l’intérêt pour ce nouveau débouché. Et en 2009, cette production —tête de gondole de la "gamme 100 %" de IMS— a été relocalisée en France. "Le produit fonctionne, il est moins cher que ce qui se trouve sur le marché, il est bon pour l’environnement, résume Ludovic Hertault. C’est une démarche concrète de développement durable. Quand beaucoup en sont encore à la question du "comment", nous rendons cette notion palpable". Bien sûr, la crise douche un peu les enthousiasmes et les élans butent sur la question des surcoûts. Mais les grands donneurs d’ordre se sont trop engagés auprès du public pour s’arrêter ou faire machine arrière, assure le développeur. Et ceux dont la démarche était vraiment vertueuse vont poursuivre.
Pour sa part, il a soumis IMS à un bilan carbone. Quand les résultats de l’enquête seront connus, la société prendra sans doute de nouvelles mesures, en plus des économies d’énergie et du tri des déchets déjà pratiqués. Le dirigeant insiste au moins autant sur "l’état d’esprit" qu’il veut promouvoir. L’aménagement d’une salle de sport dans les locaux de l’entreprise et le mécénat de projets d’éducation (financement d’une classe de petites filles au Cambodge, soutien à une course humanitaire qui permet de doter des écoles du Sénégal en matériel) en sont deux illustrations.