Les frères Marc et Pierre Duez ont lancé le concept de crèche d’entreprise dans la région en 2005, avec l’ouverture de leur première structure à Lesquin. Depuis ils en ont installé deux autres et préparent de nouvelles implantations dans la métropole lilloise et d’autres régions de France. Au-delà du service social offert aux foyers bi-actifs demandeurs de modes de garde pour leurs tout-petits, les deux entrepreneurs s’orientent de plus en plus clairement vers des bâtiments écologiques, sains pour les enfants. Marc Duez nous explique ces choix qu’il considère comme autant de défis exaltants.
Comment l’histoire de la crèche « 1, 2, 3, Soleil » a-t-elle commencé ?
Quand mon frère a eu son premier enfant, en 2001, nous avons pris pleinement conscience du manque de places en crèche dans la région. Seules 6 à 7 % des demandes des familles pour une place en crèche aboutissent. Nous qui rêvions de créer une entreprise depuis plusieurs années, nous avons décidé de nous lancer dans ce secteur, en apportant un service supplémentaire à la société. Attachés autant à notre travail (consultant en management et cadre commercial) qu’à notre vie de famille, nous cherchions comment permettre aux parents comme nous de passer - plus de temps avec leur enfant. L’idée d’une crèche privée, crèche d’entreprise ou interentreprise, proche du lieu de travail et adaptée aux besoins (7h30-19h30) est née. Avec ce service de proximité, on diminue le stress, pour les parents comme pour l’enfant, car la séparation s’effectue en douceur. Un coin salon est aménagé pour les câlins, et il est même possible aux mamans de venir allaiter un bébé le midi, pour un sevrage progressif. Nous avons créé l’entreprise en 2004 et la première crèche « 1, 2, 3, Soleil » a ouvert ses portes au CRT de Lesquin en 2005.
Le réseau des crèches « 1, 2, 3, Soleil », c’est quoi aujourd’hui ?
C’est trois structures ouvertes à Lesquin, la Madeleine et à Villeneuve d’Ascq, sur le site de la Haute Borne. Elles offrent respectivement trente-sept, trente et vingt places aux entreprises et administrations, dont Ingram Micro, Cofidis, Laboratoires Anios, Norauto, Communauté Urbaine de Lille… Nous avons aussi des projets d’ouvertures : l’extension de la structure villeneuvoise qui passera à quarante places, dès octobre, et quatre créations pour la fin de l’année à Béthune, Isebergues, Marquette-lez-Lille et Lille centre. Ajoutons encore Hénin-Beaumont pour septembre 2008 et d’autres ouvertures un peu plus tard au nord de Paris.

Votre concept a-t-il évolué depuis la première ouverture à Lesquin en 2005 ?
Sur l’objectif social, pas tellement, sauf à adapter les horaires d’ouverture aux besoins locaux. A Béthune, par exemple, la crèche ouvrira à 6h30 et fermera à 20h30 pour coller aux horaires de travail du personnel du centre hospitalier.
La principale évolution vient plutôt des choix écologiques. Elle est liée à une rencontre, celle de Bernard Lacoste, un architecte féru de Haute Qualité Environnementale. Avec lui, nous avons commencé à nous poser des questions du type : si nous rénovons un bâtiment avec qui et comment le ferons-nous ? Si nous en construisons, quels choix ferons-nous ?
Kasabio, concepteur de bâtis biologiques, est véritablement innovant en la matière et propose des constructions environnementales et bioclimatiques saines pour les enfants. Les réalisations sont en bois et paille, l’isolation performante, les fondations peuvent être retirées intégralement du sol pour laisser une terre propre au retrait futur du bâtiment, l’éclairage artificiel d’intensité variable vient juste en appoint de l’éclairage naturel… Nous avons été séduits. Le nouveau bâtiment que nous faisons construire à Villeneuve d’Ascq sera de ce type.
Comment rentabilisez-vous ces aménagements ?
Les places de la crèche sont vendues à l’année aux entreprises. À titre d’exemple, la société Ingram Micro, qui compte 300 salariés à Lesquin, a investi 256 000 € pour vingt places par an pendant trois ans. Une convention avec la caisse d’allocations familiales de Lille lui permet de récupérer une partie de la somme. L’entreprise va également bénéficier d’un crédit d’impôts sur les coûts.
Jusqu’où irez-vous dans ce parti pris écologique ?
Nous sommes à l’écoute de toutes les innovations : les matelas et les bavoirs en coton bio, par exemple, le mobilier en vernis écologique. Nous ne nous fixons qu’une seule limite : ne pas gêner le travail du personnel. Par exemple, nous sommes en train de tester, à La Madeleine, l’utilisation des couches lavables, car nous en jetons dix tonnes par crèche et par an ! Mais l’essai nous pose des difficultés d’intendance. La mise en machine et au séchage représente le travail d’une personne à mi-temps par crèche ! Pour autant, pas question de renoncer, nous aimons les défis ! Nous allons trouver un système de collecte ou de location de couches. Il y a une organisation à mettre en place en amont pour que les équipes puissent travailler dans de bonnes conditions, organisation dont d’autres communes pourront profiter.
De la même manière, nous avons souhaité nous faire livrer des repas bio pour les enfants. Mais ceux que nos fournisseurs nous proposent aujourd’hui ne sont pas adaptés aux repas en crèches. Nous allons donc créer un service de livraison de repas bio au service de toutes nos crèches et des autres – les crèches de ville par exemple. Nous allons pour cela faire appel à un cuisinier que nous connaissons et à une entreprise d’insertion de Wattrelos. Car si en crèche nous avons dû faire appel à des professionnels diplômés, nous pouvons pour la restauration donner leur chance à des personnes sans qualification.

Constructions écologiques, repas bio, couches lavables, ce sont des choix rentables pour vous ?
Au départ, nous ne pouvions les utiliser comme arguments commerciaux, car ils n’étaient pas encore dans l’air du temps. Mais aujourd’hui, en plus du confort de vie apporté aux enfants, ils nous permettent de séduire les entreprises, les collectivités locales et les chambres de commerce. Quant à l’entreprise d’insertion, évidemment, en plus de l’objectif social, c’est un moyen pour nous de rentabiliser le projet. Ce qui compte pour nous tous, entrepreneurs et société, c’est de pérenniser l’offre de places en crèches et l’offre d’emplois.
Vous trouvez manifestement un écho très positif au sein des entreprises et des collectivités. Si on devait parler de difficultés, quelles seraient-elles ?
Le concept est séduisant pour les entreprises, c’est vrai, notamment depuis que l’Etat dans le cadre du Dispositif d’Aide à l’Investissement de la Petite Enfance (DAIPE), donne un coup de pouce aux entreprises comme aux familles, et permet des tarifs équivalents à ceux des structures d’accueil « en ville ». C’est la CAF qui ajoute le complément. Mais nous souffrons de la lenteur et de la lourdeur administrative. La signature du contrat entre la CAF et l’entreprise peut durer plusieurs mois et quand une entreprise demande à faire évoluer son nombre de places réservées, elle doit parfois attendre la fin du contrat, soit quatre ans. Cela dit, depuis quelques mois, la CAF réétudie son fonctionnement et le système tend à se simplifier. Nous avons de bons espoirs.