Nord-Technique a infléchi son activité "historique" de maintenance de mobilier urbain vers une offre globale de fourniture, d’installation et d’entretien de matériels, couvrant l’ensemble de leur cycle de vie. Une démarche de développement durable pragmatique.

- l’abribus Cirrus à Bondues
L’abribus "écolo", il suffisait d’y penser ? Non, répond Thierry Delcourt, PDG de Nord-Technique, il fallait "le" penser. D’ailleurs, il n’emploie pas le terme "écolo" ou "vert". La notion qui lui importe, c’est "l’éco-conception". Nord-Technique est une petite entreprise spécialisée dans la maintenance de mobilier urbain de transports collectifs. Elle s’est installée, au milieu des années quatre-vingt dix, dans une niche : celle des abribus non publicitaires et poteaux indicateurs d’horaires, dont les Decaux et autres Clearchannel, devenus des vendeurs d’espace d’affichage, n’aiment pas beaucoup s’occuper. Thierry Delcourt a repris la société, basée à Courrières, en 2002. Et il l’a orientée sur la voie du développement durable. "Au centre des jeunes dirigeants, dont j’étais membre, on parle de performance globale. C’est en étudiant nos activités et nos prestations que nous avons avancé. Les réparations d’installations dégradées nous ont amenés à considérer leur cycle de vie complet. Puis, en partie pour pallier le caractère aléatoire de la maintenance, nous avons commencé à co-développer des produits avec nos partenaires industriels ; ce fut le cas de la poubelle vigipirate que l’on trouve dans le métro lillois". De fil en aiguille, le PDG est entré en contact avec l’ADEME, qui lui a accordé une subvention (volet B management environnemental), pour le recours aux services d’un consultant en éco-conception. Avec son aide, Thierry Delcourt et son équipe ont expertisé un modèle classique d’abribus, de l’achat des constituants jusqu’à leur traitement en tant que déchets, en passant par leur poids, leurs qualités, leur intégration esthétique et fonctionnelle, etc. Ils ont utilisé le logiciel Ecoit, qui quantifie les impacts environnementaux en éco-points.
Cirrus à l’horizon
"A partir de là, nous avons cherché le bon équilibre entre impacts à la fabrication et impact à l’usage et à la fin de vie. Par exemple, les vitres en verre trempé sont un poste lourd en termes de consommation d’énergie à la fabrication. On pourrait penser à réduire leur épaisseur mais elles seraient alors vandalisées beaucoup plus souvent ; les quelques essais effectués le démontrent. Il n’y a pas de solution-miracle. On me parle parfois du plexiglas mais c’est un matériau qui se raye et qui brûle…".
Au bout de deux bonnes années de cogitations, est donc né Cirrus, l’abribus sobre, dans tous les sens du terme.

- l’abribus Cirrus à Lille
Il utilise "la juste quantité de matériaux", est fait d’acier plutôt que d’aluminium, dispose d’un toit plus léger que ses confrères, demande moins de scellements en béton, est éclairé par des lampes à leds, trois à quatre fois moins gourmandes que les tubes fluorescents (10 watts contre 35). Environ 90 % de sa masse est recyclable. Ses divers éléments sont fabriqués par des tôliers, serruriers, verriers ou plasturgistes de la région. Nord-Technique les assemble et commercialise l’édicule à des prix conformes au marché : entre 5 et 10 000 euros l’unité selon le degré de finition. "C’est le mérite de l’éco-conception", assure Thierry Delcourt. La version de l’abri avec éclairage par panneaux solaires, plus chère, est plus difficile à placer. "Nous avions aussi dessiné un modèle très design qui s’est avéré hors de portée des collectivités et entreprises délégataires de service public qui sont nos clientes".
Des projets qui se voient
Produit d’une innovation que l’on pourrait qualifier de "raisonnable", le Cirrus n’en a pas moins valu à Nord-Technique un titre de lauréat des Trophées 2008 de la performance environnementale, décernés par la CRCI et le réseau des Missions Environnement. Et, la même année, un prix Entreprises et Environnement attribué par le ministère de l’écologie. L’abri a aussi trouvé acheteurs : Transpole en a fait monter une centaine dans la métropole lilloise ; le Conseil général du Pas-de-Calais, une trentaine d’autres dans des communes rurales. Il contribue au développement global de la société (progression de chiffre d’affaires de 30 % en 2009) et à son extension géographique, dans l’ouest et le sud de la France (une autre centaine de Cirrus a pris racine dans l’agglomération d’Aix-en-Provence).
"Je crois aux projets qui impliquent des remises en cause et apportent de la valeur ajoutée, argumente le PDG de l’entreprise courrièroise. Des choses que l’on peut mesurer, exposer, décrire à ses interlocuteurs, clients ou partenaires. Les procédures de qualité qui empilent des normes sur des normes finissent par ne plus rien dire, je trouve". D’ailleurs, l’appétit venant en mangeant, un autre objet de mobilier urbain est actuellement trituré dans la moulinette de l’éco-conception ; mais Thierry Delcourt ne tient pas alerter ses concurrents sur le sujet…
Encore du chemin…
En attendant de le sortir, Nord-Technique essaie de promouvoir un "développement durable pragmatique" dans ses autres prestations ; c’est la tâche dévolue à un chargé de mission (et d’affaires !) embauché depuis un an. Les tournées des équipes d’entretien des abribus sont rationalisées par géo-localisation ; les agents utilisent moins d’eau et se passent, dans la plupart des cas, de nettoyeurs à haute pression. Les éléments dégradés sont, chaque fois que possible, réparés et remis en place. Les résidus sont systématiquement valorisés, à l’exception notable des toitures des abris, faites de matériaux composites. La préoccupation s’étend aux conditions de travail des salariés : les composants des Cirrus sont beaucoup plus légers, et moins pénibles à manipuler (sauf les vitres), que les équivalents classiques. Par ailleurs, la société privilégie les recrutements locaux de personnes sans emploi.
"Le développement durable apparaît comme une évidence dans le secteur des transports en commun, note Thierry Delcourt. Pourtant, j’ai bien eu besoin d’un bâton de pèlerin, au cours de la décennie écoulée, pour faire passer des choses. Et aujourd’hui encore, je constate un décalage entre les projets politiques des autorités locales et leurs déclinaisons à l’échelon des services techniques".